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LA CONSCIENCE ET LA CRÉATIVITÉ
La conscience appartient a l'ordre de la connaissance et non a celui des passions. Parfois les gens ne se rendent pas compte de cette différence.

Pendant mon séjour à Londres j’ai posé la question si – compte tenu de la crise économique – les Polonais vont rentrer dans leur pays. La réponse était: plutôt non. En Angleterre on règle des affaires administratives d’une façon beaucoup plus simple qu’en Pologne, et les gens ne sont pas continuellement la cible de remarques et de critiques. Ils l’apprécient et c’est pourquoi ils ne pensent pas revenir. Cette observation donne beaucoup à penser, d’abord par rapport au mode de fonctionnement de l’État et deuxièmement en ce qui concerne les mœurs sociales en Pologne.

En Angleterre, parmi les fonctionnaires appartenant au civil service, l’esprit de service est encore toujours vivant. Par conséquent le client n’est pas perçu comme un intrus dont il faut se méfier par principe. Dans beaucoup d’affaires la déclaration de l’intéressé suffit. En Pologne c’est le contraire: en toute affaire il faut un document qui justifie la démarche. Les fonctionnaires, ayant peur de prendre une décision autonome, respectent en tout les procédures établies. Qui a goûté une fois de l’administration britannique, se sentira mal quand il devra régler quelque chose dans l’administration de l’état bureaucratique.

En Pologne il y a aussi une forte pression sociale qui décide de ce qu’il convient de faire et de ce qu’il ne convient pas, qui dit comment on peut se comporter, ce qui est permis ou pas. Bien que les gens se disent croyants, ils ne vivent pas toujours cette liberté intérieure dont parlait Saint Paul. Ils restent souvent sous la pression des ordres et des interdictions (Col 2, 20-21). Quand, pour des raisons économiques ils se retrouvent soudainement dans un autre pays et que personne ne leur reproche de se lier d’amitié avec un Nigérien ou de rentrer tard à la maison, ils se sentent libres. Je ne sais pas dans quelle mesure cette explication est juste, mais elle attire l’attention sur la perception sociale de l’éducation morale reçue en Pologne, une éducation qui peut quelquefois devenir étouffante.

Le règlement au-dessus de la conscience

Dans l’éducation éthique on peut mettre des accents de plusieurs façons, ce qui diversifie les réactions. Est-ce que l’essentiel de la morale consiste à garder la correction morale dans les actes concrets, ou plutôt à formuler, connaître et faire respecter les règles morales déduites des lois supérieures? Ou bien s’agit-il avant tout de former des vertus, et donc de forger le caractère d’une personne qui relèvera ensuite ses défis de manière créative et responsable?

Dans la théologie morale catholique des temps modernes l’accent principal tombait sur les actes moraux. La casuistique cherchait à déterminer au niveau théorique l’admissibilité ou l’inadmissibilité de chaque acte. Ce qui semble dominer actuellement dans l’éthique laïque qui influe sur le fonctionnement des institutions d’état c’est la concentration sur la loi, provenant, on dirait, de l’éthique juive. De plus en plus souvent non seulement un fonctionnaire, mais aussi un soldat, un médecin ou bien un instituteur ne cherchent pas le bien vrai et juste, mais ils essaient de suivre seulement les procédures établies par les instances bureaucratiques supérieures. Si l’on trouve donc un paragraphe correspondant à l’action concrète, on l’accepte sans s’interroger sur l’honnêteté ou la vérité de la situation. Dans cette optique la conscience, considérée comme vague et imprécise, est éliminée de la décision qui ne s’appuie que sur le règlement. Au centre de la vision thomiste de la morale il y a la grâce qui, accueillie par la foi, engendre l’amour surnaturel et d’autres vertus morales. Celles-là, perfectionnées consciemment, rendent le croyant capable de reconnaitre et relever ses défis de manière créative et responsable. Grâce à son caractère intérieur bien formé l’homme sait se retrouver dans des situations imprévues, il croît en liberté, non seulement face à la pression extérieure, mais aussi dans sa liberté intérieure qui lui permet de percevoir les valeurs et d’y réagir avec générosité, tout étant en contrôle de soi-même. L’homme mûr a le vouloir propre, conscient et perfectionné et il sait le distinguer de sa velléité émotionnelle ou de la pression des autres.

La synthèse de la théologie morale de St Thomas, quoique respectée dans l’Église, elle avait et elle a toujours peu d’influence sur la pastorale pratique. Dans plusieurs pays catholiques où dominait la casuistique, les gens pensent que l’essentiel de la morale consiste à ce qu’on applique une étiquette “bonne” ou “mauvaise” à chaque acte et qu’on s’efforce d’éviter les actes mauvaises. On a réduit la formation morale à l’enseignement des commandements, et des obligations et interdictions qui en résultent, et à l’application de ces jugements par la conscience aux concrets actes prévus : bonnes ou mauvaises. Dans cette perspective les questions sur le désir du bonheur, sur la formation des vertus, sur l’extension de la responsabilité, sur l’accrochement à Dieu à travers les vertus théologales et les dons de l’Esprit Saint sont disparus. Même s’il était question de la foi, d’espérance et de la charité, elles n’étaient pas présentées comme des dons de Dieu qui permettent de tisser les liens d’amitié avec Lui, mais de nouveau comme des obligations. L’interprétation des vertus théologales non pas comme un don, mais comme des commandements supplémentaires les a marginalisées dans l’éducation et dans la réflexion morale des chrétiens.

La raison au-dessus des passions

Les difficultés avec la réception de l’enseignement de l’Église sur la conscience ont leur origine non seulement dans la compréhension de ce que c’est que la conscience et comment elle fonctionne, mais aussi dans sa place par rapport à la vision globale de la morale chrétienne. C’est alors qu’apparaissent les questions comme par exemple: “Qu’est-ce que je dois faire quand je ne me sens pas en accord avec cette norme?” ou encore: “Comment réagir quand je vois une contradiction entre le jugement de ma propre conscience et l’enseignement de l’Église ou bien si cet enseignement ne me convainc pas?” Pour y répondre il faut savoir non seulement ce que c’est que la conscience, mais aussi comment elle s’accorde avec la grâce, avec la loi morale, avec les passions et les vertus.

La conscience est un acte de la raison et non pas des passions. Elle est soutenue par un sentiment émotionnel, mais ce sentiment n’appartient pas à l’essence de la conscience. Le remords ressenti plus ou moins fort ou d’une façon tout à fait injustifiée n’est pas la conscience et il joue seulement un rôle auxiliaire par rapport à la conscience. La conscience appartient à l’ordre de la connaissance et non à celui des réactions émotionnels. Parfois, faute d’éducation morale élémentaire, les gens ne sont pas conscients de cette différence et ils ne savent pas distinguer en soi la spécificité de la connaissance rationnelle, c’est-à-dire de la conscience et son caractère distinctif du sentiment de la culpabilité, du bien-être, des rêves, des imaginations ou des dispositions d’esprit. La conscience en tant qu’un acte de raison pratique reconnaît la vérité de la situation, qui se trouve dans l’acte prévu ou bien déjà accomplie. La conscience dans son essence est comme une fenêtre qui ouvre sur la vérité. Il faut en même temps faire confiance au jugement de sa conscience et ne pas se permettre de fuir la vérité reconnue sous l’influence d’une impulsion, d’un caprice, de la pression émotionnelle des autres, par un injustifié sentiment du devoir ou par peur. Ce n’est pas seulement un problème cognitif qui résulte des principes philosophiques. Les gens succombent à un relativisme moral ou nihilisme non seulement parce qu’ils sont des demi-intellectuels et leur raison est maladroite ou manipulée par une idéologie qui limite la connaissance, ou encore aveuglée par trop de plaisirs intenses et banals. Cela arrive aussi parce qu’ils manquent de fermeté d’âme pour persévérer dans la vérité reconnue. La faiblesse du fonctionnement de la conscience souvent ne résulte pas de l’étroitesse d’esprit, mais de la faiblesse de ce qui suit le jugement de la conscience. La conséquence est la fuite devant la vérité et la recherche des excuses parce que la vérité reconnue s’avère exigeante.

La perspective de la personne qui agit

Dans l’action morale il y a un discernement, souvent spontané et automatique, mais toujours rationnel de la qualification morale des actes envisagés. Ce qui compte pour le jugement moral final ce n’est pas seulement la bonne ou mauvaise intention, mais surtout l’acte lui-même, tel qu’il est saisi par la raison. Chaque action humaine possède sa logique intérieure, son pourquoi, et la raison sait le déceler. Il ne s’agit pas ici du mal physique, de la peine et de la souffrance qui peuvent accompagner une bonne action, mais du mal ou du bien moral que la raison reconnaît. Ayant même une bonne intention il ne faut pas agir si la raison y a reconnu un mal moral (même le soi-disant “mal moral mineur”). La raison qui saisit la vérité sur l’acte, se laisse éclairer en plus par l’expérience, par la loi morale qu’elle avait connue, par l’enseignement des éducateurs ou la voix des pasteurs de l’Église. Elle est aussi docile à la grâce de l’Esprit Saint. Il peut donc arriver que la logique humaine va suggérer une solution et la logique de la foi va en proposer une autre, plus difficile, par exemple, elle va proposer le pardon et la réconciliation.

La loi morale, soit celle qui est contenue dans le Décalogue, soit celle qui est reconnu dans la logique interne de la nature des choses, ou bien celle qui est donnée dans la prédication morale de l’Église, elle joue toujours un rôle pédagogique face au jugement de la raison. Elle ne remplace pas le jugement de la conscience, parce ce que c’est la propre raison qui joue un rôle décisif dans le discernement définitif, quand on définit l’objet moral de l’acte. Jean-Paul II l’a bien rappelé dans son encyclique Veritatis splendor: “Pour pouvoir saisir l’objet qui spécifie moralement un acte, il convient donc de se situer dans la perspective de la personne qui agit(Veritatis splendor, n.78).

L’homme ne dispose pas d’une autre mesure plus importante que de celle du jugement de sa propre raison dont il doit se servir. Celui qui fuit le jugement de sa propre raison et se laisse diriger par ses émotions, par la pression des personnalités plus fortes, par la mode qui règne dans son entourage ou par le dictat du pouvoir politique, celui subit une limitation de sa maturité humaine et de sa liberté. La compréhension de la morale ne doit donc pas se réduire à l’application mécanique d’une seule et même toujours actuelle mesure à chaque acte imaginé. On accomplit des actes dans des situations concrètes, alors ils sont toujours impliqués dans des circonstances qui les influencent, et ce qui constitue une bonne solution dans les circonstances données, ne le sera peut-être pas dans une autre situation. Comme l’homme ne dispose pas d’une autre mesure définitive que de celle du jugement de sa propre raison, il doit s’y tenir. La raison doit bien sûr y viser la vérité qui est son objet essentiel, et par conséquence elle doit parfois se débattre contre des sautes d’humeur et contre des émotions qui l’aveuglent, elle doit apprendre à distinguer son propre jugement des tentations qui entraînent les sentiments ou la volonté. Dans l’agir moral mûr la raison vise effectivement la vérité du bien prévu, la vérité que la raison perçoit elle-même, et c’est l’acte de cette raison que nous appelons la conscience.

Choix libre après le jugement de la conscience

La loi morale joue un rôle éducatif important parce qu’elle montre des valeurs, elle constitue donc une aide pour la conscience, et non pas son ennemie. Il faut noter en même temps que les Dix Commandements sont formulés pour la plupart à la forme négative, car ils excluent les antivaleurs et de cette façon on laisse l’espace ouverte au bien qui peut être riche dans sa diversité. La loi morale qui forme la conscience rend l’action morale objective et c’est pourquoi – ce qui l’Eglise souligne très fort – on n’accepte pas la créativité par rapport à la loi morale, bien que la créativité soit importante et nécessaire par rapport à l’acte. On n’invente pas la loi morale selon son propre goût arbitraire. La loi morale nous est donnée et elle nous indique la direction, tout en excluant les mauvaises actions, mais pour déterminer un acte concret et le choisir, la raison doit se caractériser par le courage, l’invention et le discernement propre qui vise le bien.

Est-ce que cela signifie que l’homme doit comprendre toutes les raisons qui plaident pour une norme pour qu’elle l’oblige? S’il en était ainsi, toute action morale serait une torture. Pour le fonctionnement de la conscience il suffit de savoir que la loi morale définit tel acte comme mauvais. Si l’homme connaît en plus les raisons qui justifient la norme, sa raison va adhérer à la vérité avec plus de sûreté. On peut trouver beaucoup d’arguments en faveur de la norme donnée: d’ordre métaphysique, biblique, doctrinal, psychologique, médical ou social. Il n’est pas nécessaire cependant de les tous connaître pour suivre telle norme. Pour que au cours du discernement de la qualification morale de l’acte prévu la raison porte sur lui un jugement négatif décisif, il suffit de savoir que tel acte est décrit par l’Eglise comme péché, même si les raisons en faveur de cet enseignement peuvent sembler confuses, compliquées ou peu convaincantes. Le croyant, même si sa connaissance des justifications éthiques ou théologiques de l’enseignement moral est faible, accepte l’enseignement de l’Église et y adhère, car il croit que l’Église a reçu de Jésus Christ le mandat d’enseigner les vérités de la foi et les règles morales. Cela suffit pour que le jugement qualifiant tel acte soit donné par la raison, et ce jugement de la raison, donc de la conscience, l’oblige.

Mais on n’en finit pas là. Après que la raison pratique a rendu son jugement sur l’acte prévu, ce qui suit ce n’est pas seulement une obéissance passive ou la désobéissance de la volonté dans l’accomplissement. Quand la conscience démontre la vérité du bien, l’homme peut réagir de plusieurs façons. Après avoir reconnu une valeur on peut réagir d’une façon créative, intéressante, avec invention, avec artisme, avec plaisanterie, professionnellement, d’une façon innovante ou bien n’importe comment, sans engagement, négligemment ou même dans l’angoisse. Il y a tout une gamme de possibilités qui se dessinent devant la personne agissante. Autant qu’il n’y a pas de créativité possible face aux normes qui excluent certains actes - qualifiés de péchés, autant il y a de la place pour la créativité face à l’acte. Alors le fonctionnement de la raison ne se limite pas au jugement rendu par la raison pratique que nous appelons conscience. Après le jugement de la conscience il y a encore de la place pour le choix libre où la raison agit de nouveau ensemble avec la volonté et ces deux facultés s’influencent mutuellement. Elles peuvent en plus, être animées par la passion vitale, la fantaisie et l’imagination, se servir des capacités acquises, donc profiter de la dynamique émotionnelle et corporelle. La morale ne se limite pas au jugement qui porte sur la qualification morale de l’acte prévu. Ce qui s’ajoute à l’éducation morale, c’est tout une richesse de la personnalité avec une sensibilité émotionnelle et physique qui doive aussi contribuer à l’acte, et cela de façon créative. En plus, dans la perspective de la foi vive, ce qui intègre toutes les forces qui contribuent à l’acte, c’est l’amour surnaturel qui permet de se lier d’amitié avec Dieu et avec les gens à cause de Dieu.

Ingéniosité créative

La formation d’un caractère mûr demande non seulement une formation de la conscience pour qu’elle se prononce avec vérité sur la qualification morale des actes. Il faut encore une ingéniosité créative qu’il est nécessaire de former. L’arétologie classique décrivait cette ingéniosité par le terme « prudence », mais dans les siècles modernes, quand on a rétréci la perspective morale en mettant l’accent sur le devoir, la signification de ce mot a changé et aujourd’hui il fait penser à la précaution donnée par quelqu’un qui se tient à distance, qui n’est pas engagé directement et ne sait même pas trop de quoi s’agit-il. Rien d’étonnant alors que la formation de cette vertu cardinale ait disparu. Quant à la synthèse de théologie morale de saint Thomas, elle ne fait que mentionner la conscience, assez brièvement, mais elle consacre beaucoup de place à la prudence qu’il faudrait traduire comme “ingéniosité créative”. Cette ingéniosité, étant une vertu générale, dynamise la créativité sur le champ de toutes les autres vertus, y compris celle de l’amour surnaturel. Sa tâche consiste à rendre l’homme capable de se ressaisir et de se mobiliser pour concrétiser avec invention le bien reconnu comme tel. C’est pourquoi on l’appelait traditionnellement le “charretier des vertus” auriga virtutum. L’homme vraiment vertueux nous surprend sans cesse par son invention, parce qu’il ne fonctionne pas par stéréotypes, mais il sait reconnaître des nouveaux défis, il réagit aux situations que les autres n’ont pas notés, et il sait offrir généreusement son temps à la tâche qu’il a reconnue. La formation de cette “ingéniosité créative” est la plus importante dans la formation du caractère. La cause principale de la fuite devant la vérité dans le nihilisme et le relativisme moral c’est l’incapacité de s’engager, ou même la conviction que la façon d’agir de manière responsable et avec invention est incongrue, car il faut suivre toujours les règles de conduite imposées par les autres. L’homme qui ne sait pas se mettre à l’action qui ne lui est pas imposée, mais qui vaut la peine, même si sa conscience reconnaît la vérité de la situation donnée, cet homme fuit volontiers cette vérité, car il voit qu’elle est exigeante. Et c’est alors qu’il essaie de remplacer la lumière de la conscience par des excuses, par des idéologies inventées qui proclament que la vérité est inconnaissable, qu’il n’existe que des opinions chancelantes, subjectives et toujours changeantes. L’homme dépourvu de la vertu de l’ingéniosité créative bien formée, fuyant la vérité morale, est puis comme une feuille flottant au vent, car il manque de force morale.

Le masque des principes

Revenons aux observations sur la société polonaise faites par ceux qui se sont trouvés à l’étranger et font une comparaison. Il faut considérer leur réflexe psychique qui les fait jouir de leur liberté intérieure, comme sain, même s’il n’est pas formé ni orienté vers la vérité et qu’il peut parfois faire fausse route. Là où l’éducation traditionnelle n’impose pas trop de règles, non seulement un fonctionnaire, mais aussi un instituteur, un médecin ou un soldat auront en vue le bien des gens qu’ils servent, et au nom de ce bien ils iront avec invention au-delà des procédures imposées à leur métier, pour atteindre ce qui sert vraiment le bien des autres. Dans des sociétés saines ce ne sont pas les procédures établies par les législateurs ou les bureaucrates qui décident du comportement des gens, mais l’éthos du groupe professionnel, transmis de génération en génération, l’éthos qui se construit au fil de nouveaux défis. Malheureusement par suite de l’élargissement des compétences des états et des entités supranationales et à cause de la bureaucratisation de toutes les dimensions de la vie, la responsabilité des individus disparaît peu à peu et les gens de caractère sont de plus en plus rares. Si un médecin ne peut pas se laisser guider par son expérience et son intuition, mais uniquement par des procédures établies par la loi, ou bien si l’instituteur ne peut pas serrer contre soi un enfant qui pleure ou encore s’il doit faire attention de ne pas toucher le corps de l’enfant en pansant son genou écorché, car c’est ce qu’exigent les règlements dont l’évitement menace de poursuites, c’est alors que la responsabilité morale individuelle disparaît et on en vient à la déshumanisation des relations humaines.

Dans les contacts réciproques les gens libres entretiennent des relations normales où l’on s’échange les opinions, où il y a de la place pour partager les expériences, pour le rencontre des différents points de vue. S’exposer à la critique ne signifie pas en même temps qu’il faut renoncer aux valeurs confessés. L’éducation qui met en valeur l’aspect créatif des vertus mène à une attitude ouverte envers les autres. Si cela manque et qu’il ne reste que l’apologie de l’ordre morale, on génère des individus raides qui se cachent facilement sous un masque des principes, des convenances et des persuasions souvent irrationnelles à propos de ce qu’il convient ou de ce qu’il ne convient pas. Au fond, il ne peut y avoir d’échange véritable entre les personnes et on reste enfermé dans son milieu hermétique. On élève alors les règles de comportement social au rang des principes moraux presque suprêmes, ce qu’elles ne méritent pas du tout. Si dans l’éducation morale on mettait un accent plus fort sur la formation de caractère, sur l’invention libre et responsable face au bien, est-ce que la générosité de l’amour évangélique ne serait-elle pas plus visible dans le monde?

Traduction: Aleksandra Wiśniewska

Wojciech Giertych O.P. - né en 1951 a Londres, dominicain, études d'histoire a l'Université Adam Mickiewicz a Poznań, doctorat en théologie morale, théologien de la Maison Pontificale, auteur des livres sur la théologie morale; il vit au Vatican. (wszystkie teksty tego autora)

     


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